Musique Baroque en Avignon: Bonjour Violaine Cochard et merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, vous êtes claveciniste, un instrument souvent perçu comme ancien ou réservé aux connaisseurs. Qu’est-ce qui, selon vous, touche encore le public aujourd’hui dans le son du clavecin ?
Violaine Cochard :Le clavecin a souvent une image un peu « poussiéreuse », car beaucoup de personnes ne l’ont jamais entendu en concert. Pourtant, c’est un instrument capable de surprendre énormément. Ce qui me tient à cœur, c’est de montrer qu’il peut être très vivant, très expressif, et pas du tout figé dans le passé. Même si je suis très attachée au répertoire baroque, j’aime aussi associer le clavecin à d’autres univers musicaux, comme le jazz ou des musiques traditionnelles. Cela permet au public de le percevoir autrement, de manière plus contemporaine. Mais le répertoire baroque reste pour moi essentiel, car il est d’une richesse incroyable et permet de faire entendre toutes les couleurs et la musicalité du clavecin.
MBA : Justement, vous parliez de faire découvrir la richesse et les couleurs du clavecin… Pour votre concert à Avignon le 25 janvier, quelle atmosphère souhaitez-vous créer pour le public ?
V.C :Le clavecin est un instrument très intimiste, qui demande une écoute particulière et un petit temps d’adaptation. Contrairement à un piano ou à un orchestre, le son ne s’impose pas immédiatement, il invite plutôt à entrer dans une bulle sonore. Pour ce concert, j’ai choisi trois répertoires : français, allemand et italien, afin de proposer trois atmosphères contrastées. J’aimerais que le public puisse voyager entre ces univers et ressentir des émotions variées. Mon objectif est de rendre le clavecin expressif grâce au toucher, aux couleurs et à l’articulation, même s’il ne transmet pas les émotions aussi directement qu’un violon ou un violoncelle. Les contrastes entre pièces enjouées et moments plus introspectifs sont donc essentiels.
MBA : C’est intéressant que vous parliez de ces différentes atmosphères… Comment avez-vous construit ce programme et que dit-il de votre rapport personnel à cette musique ?
V.C :Ce programme est très personnel, car j’ai choisi avant tout des œuvres que j’aime énormément. Duphly, par exemple, est un compositeur encore peu connu, mais qui a consacré toute sa vie au clavecin. Sa musique est très raffinée, poétique, et pensée uniquement pour cet instrument, ce qui la rend particulièrement touchante. Avec Bach et le Concerto italien, on entre dans une écriture plus orchestrale et plus dynamique, qui montre une autre facette du clavecin. Enfin, Scarlatti apporte une énergie très rythmée, fortement influencée par la musique espagnole et les danses traditionnelles. Ces trois univers très différents me permettent de montrer toute la richesse et la diversité du clavecin.
MBA : Si vous deviez convaincre quelqu’un qui n’a jamais assisté à un concert de clavecin de venir vous écouter le 25 janvier, quelle raison lui donneriez-vous ?
V.C : Je lui dirais de venir découvrir un instrument bien plus vivant et surprenant qu’il ne l’imagine. Le clavecin est très percussif et joue un rôle rythmique fondamental, notamment dans la musique de chambre et le répertoire baroque. Chaque détail compte, et l’écoute devient très riche et attentive. Avec ce programme, le public pourra passer d’une musique douce et délicate à des pièces beaucoup plus énergiques et dansantes. C’est une expérience qui permet de découvrir toutes les nuances du toucher et de comprendre que le clavecin n’est pas seulement un instrument ancien, mais un instrument toujours capable d’émouvoir aujourd’hui.

