Rencontre avec la violoncelliste Anastasia Kobekina

Musique Baroque en Avignon : Bonjour Anastasia Kobekina et merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, qu’est-ce qui vous a donné envie de choisir le violoncelle lorsque vous avez commencé la musique ?

Anastasia Kobekina: J’ai grandi dans une famille de musiciens à Iekaterinbourg ; mon père est compositeur et ma mère professeure de piano, la musique était donc partout. J’adorais danser, chanter et jouer du piano. J’ai commencé le violoncelle à quatre ans et, à cet âge-là, on ne « choisit » pas vraiment comme le ferait un adulte : c’était plutôt une rencontre. Pour moi, c’était la sensation physique de l’instrument ; je pouvais l’embrasser, le faire pivoter… Au début, c’était davantage un jouet, et l’apprentissage de la musique se faisait de manière très ludique.

MBA : Au fil du temps, qu’est-ce qui vous a fait réaliser que le violoncelle était plus qu’un simple instrument, mais une évidence pour vous ?

A.K: Le violoncelle est souvent décrit comme l’instrument le plus proche de la voix humaine. J’aime rechercher ces intonations dans les morceaux, essayer de créer des histoires avec les lignes musicales que je joue, pour que mon violoncelle ne se contente pas de chanter, mais qu’il murmure, crie, paraisse intime ou audacieux.

MBA : Comment avez-vous conçu le programme de votre récital du 8 mars à Avignon ?

A.K: Le programme est centré sur les Suites pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach, que j’ai récemment enregistrées. Je les interpréterai lors du concert sur un violoncelle baroque monté avec des cordes en boyau.

MBA : À travers ce programme, que souhaiteriez-vous que le public découvre ou ressente ?

A.K: Le langage des suites de Bach est abstrait, architectural, rationnel et logique, tout en étant passionné, émotionnel et profondément personnel pour l’interprète. Pourtant, il ne s’agit pas pour moi d’imposer un sens définitif à cette musique au-delà des notes elles-mêmes. L’espace d’interprétation est partagé entre vous et moi. Je crois davantage au fait d’embrasser le mystère de l’inconnu, de l’abstrait et de l’infini inhérents à la musique. C’est là toute la grandeur de ces suites : elles sont, et seront toujours, une question ouverte, nous invitant éternellement à écouter, à explorer et à nous retrouver au sein de leur unique ligne mélodique en constante évolution.

MBA : Après Avignon, où pourra-t-on vous entendre prochainement ?

A.K: J’explorerai la musique de Bach à travers le mouvement lors d’une collaboration avec la chorégraphe et danseuse Sasha Waltz, pour nos deux prochaines représentations du projet « Bach, Cello, Dance » à Berlin. Je reviendrai ensuite en France en juin pour la création mondiale d’un concerto pour violoncelle de Thierry Escaich, inspiré par les peintures de Renoir et Van Gogh. La première aura lieu au Musée d’Orsay à Paris, le 2 juin.

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