Rencontre avec le ténor Emiliano Gonzalez Toro

Musique Baroque en Avignon: Bonjour Emiliano Gonzalez Toro, et merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, le 19 avril prochain, vous chanterez le programme “Canto al sole” à l’Opéra Grand Avignon avec votre ensemble I Gemelli. Comment avez-vous construit ce programme ?

Emiliano Gonzalez Toro:  C’est un programme imaginé par Mathilde Étienne comme un véritable voyage. Un trajet du nord au sud de l’Italie, une progression presque physique vers la lumière, vers le soleil. On y traverse des esthétiques contrastées, des pages les plus savantes jusqu’aux formes les plus directes, presque populaires. Ce qui nous guide, ce n’est pas seulement la beauté des œuvres, mais leur capacité à parler immédiatement, à toucher sans filtre. C’est une musique qui respire, qui danse, qui brûle.

MBA: Que représente pour vous le fait de venir chanter à l’Opéra Grand Avignon  avec lequel Musique Baroque en Avignon co-réalise ce concert? Quels sentiments ou impressions cela vous inspire-t-il ?

E.G.T: Venir à l’Opéra Grand Avignon, c’est d’abord entrer en dialogue avec un lieu. Un lieu chargé d’histoire, avec une acoustique, un public, une mémoire du théâtre. Ces maisons imposent une exigence, mais elles offrent aussi une énergie rare. Ce que j’aime particulièrement ici, c’est la proximité possible avec le public. Nous allons essayer de créer un moment vivant, presque intime comme si la musique circulait librement, comme dans un salon.

MBA: Qu’aimeriez-vous que le public retienne ou ressente en sortant de ce concert ?

E.G.T: J’aimerais qu’il reste une sensation simple et forte : du plaisir. Un plaisir physique, immédiat, presque instinctif. Que cette musique ne soit pas perçue comme un objet du passé, mais comme une expérience profondément vivante, actuelle. Et s’il reste une impression de chaleur, de lumière comme après un voyage vers le sud, alors nous aurons réussi.

MBA:  Nous allons à présent revenir brièvement sur votre parcours: qu’est – ce  qui vous a amené vers le répertoire baroque ?

E.M.G: Je suis né en Suisse et j’ai commencé la musique comme enfant soprano, puis comme hautboïste. Très tôt, la rencontre avec Michel Corboz a été déterminante : elle m’a transmis une manière de faire de la musique où le texte, le souffle, la rigueur et la générosité sont indissociables. J’ai ensuite suivi un parcours assez libre, nourri d’études multiples, avant que la voix ne s’impose comme une évidence. Le répertoire baroque s’est alors imposé à moi comme un retour aux sources : celui des partitions, du texte, de l’intention du compositeur. À une époque où l’on est parfois tenté de projeter sur les œuvres des visions très personnelles, quitte à s’éloigner de ce qui est écrit, je ressens au contraire la nécessité de revenir à l’essentiel : lire, comprendre, servir. Et c’est précisément dans cette exigence que naît la vraie liberté. Une liberté immense, mais ancrée, toujours au service du sens, de la parole et du théâtre.

MBA: Vous êtes à la fois ténor et chef d’orchestre, comment articulez-vous ces deux rôles aujourd’hui ?

E.G.T: Aujourd’hui, je ne les articule plus : ils sont devenus indissociables. C’est de cette nécessité qu’est né I Gemelli. Diriger en chantant ou chanter en dirigeant me place au cœur du geste musical, au plus près de la parole et du théâtre. La direction apporte la vision d’ensemble, la respiration collective ; la voix impose l’urgence, l’incarnation, le risque. C’est cette tension vivante entre les deux qui construit notre identité.

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