RENCONTRE AVEC LE CLAVECINISTE SIMONE GULLÌ

Musique Baroque en Avignon : Bonjour Simone Gullì, et merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, vous êtes claveciniste : qu’aimez-vous particulièrement dans la musique baroque et dans la musique de Haendel ?
Simone Gullì : Ce que j’aime dans la musique baroque, c’est que c’est avant tout un langage rhétorique, un discours sur les affects. Au clavecin, rien n’est caché : chaque articulation, chaque ornement est un choix qui doit parler. Chez Haendel, cela est poussé à l’extrême. C’est un compositeur cosmopolite et profondément humain. Son écriture est à la fois virtuose et d’un naturel désarmant dans le cantabile. Pour un claveciniste, accompagner Haendel, ce n’est pas seulement réaliser une basse continue, c’est respirer avec la voix, danser avec elle.
MBA: Vous êtes déjà venu jouer à Avignon l’année dernière. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ? Et que ressentez-vous à l’idée d’y revenir cette année ?
S.G: Je garde un très beau souvenir du concert de l’année dernière. Avignon est une ville qui a une résonance musicale naturelle – par son histoire, par ses pierres, mais surtout par son public. J’y ai trouvé une écoute très attentive, chaleureuse et cultivée. Revenir cette année est une joie et un privilège. Retrouver ce public, dans un cadre si évocateur, est la meilleure condition possible pour faire de la musique.
MBA:  Le concert du 4 octobre est dédié à Haendel. Pouvez-vous nous parler un peu du programme que vous présenterez au public ?
S.G: Pour le 4 octobre, nous avons voulu dresser un portrait complet de Haendel, entre musique vocale et musique instrumentale. Le programme alternera quelques-uns des airs les plus intenses écrits pour voix d’alto – entre airs sacrés et profanes – et des moments purement instrumentaux pour clavecin seul. Nous souhaitons montrer les deux visages de Haendel : le grand dramaturge et le compositeur intime et raffiné pour le clavier.
MBA: Vous jouerez aux côtés de la contralto Zoreslava Vynnyk. Comment se passe votre collaboration et que souhaiteriez-vous partager avec le public lors de ce concert ?
S.G: Travailler avec Zoreslava est un dialogue permanent. La voix de contralto est, pour moi, la voix haendelienne par excellence : elle possède cette couleur sombre et en même temps agile, capable d’une grande virtuosité et d’une profonde mélancolie. Notre collaboration est née précisément de cette idée de la basse continue comme conversation, et non comme simple accompagnement. Ce que nous aimerions partager avec le public le 4 octobre, c’est justement cette intimité : non pas une chanteuse avec un accompagnateur, mais deux musiciens qui racontent ensemble la même histoire.

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